Georges et les secrets de l’univers peut servir de point de départ pour faire découvrir aux enfants de grands mythes fondateurs qui trouvent ici un écho. Nous pourrions en dégager trois parmi tant d’autres.
Par exemple, derrière le personnage de T. Rex, au nom emblématique, nous devinons l
a légende du savant fou qui veut égaler Dieu dans une quête effrénée de pouvoir. « J’essaie de créer la VIE », lance Rex aux garnements à qui il fait visiter son laboratoire (chapitre 18). Dans le même chapitre, un encart documentaire nous apprend que de telles expériences ont été tentées au cours du vingtième siècle pour faire avancer la science et non pour satisfaire des pulsions mortifères de démiurges ivres d’ambition. Mais le danger guette toujours tous les scientifiques, et de grands écrivains nous avaient déjà mis en garde en leur temps. Goethe, par exemple, qui dans son second Faust met en scène le savant Wagner. Un apprenti sorcier qui essaie de produire artificiellement une synthèse du vivant, substituant le pouvoir artificiel de la technique au pouvoir naturel de la génération. Homunculus, l’homme artificiel créé par Wagner, symbolise l’échec de la science. Mary Shelley, quant à elle, montre que la science mal maîtrisée peut se retourner contre ceux qui s’instituent nouveaux dieux et reçoivent en retour une terrible punition car leurs pouvoirs sont illusoires. Ainsi, le savant Victor Frankenstein donnera la vie à un monstre qui, au terme d’une longue traque sanglante, tuera son « père ». Le feu prométhéen devient bûcher funèbre et s’éteint dans les eaux glacées du Pôle.
Autre mythe repris par Hawking : celui de
la machine toute puissante capable de faire le Bien comme le Mal. L’ordinateur Cosmos a franchi un stade supérieur. Outil le plus puissant que l’homme ait jamais produit, il a été programmé pour servir une éthique rigoureuse. Il se montre capable de sauver les membres de l’Ordre dans les pires situations en s’opposant aux savants dangereux, fût-ce au prix de sa destruction. Cosmos apparaît dans l’œuvre comme une sorte de figure inversée de l’ordinateur Hal 9000 qui, dans le film de Kubrick L’Odyssée de l’espace (1968), contrôle l’astronef avant d’être lobotomisé par le cosmonaute Bowman.
On pourrait ouvrir la perspective en évoquant d’autres machines échappant à la maîtrise de leurs concepteurs. Par exemple, dans Germinal, Zola campe l’inquiétante figure du Voreux, le cœur de la mine. Monstre « accroupi », « gorgé de chair humaine », il rythme la vie du coron. Sous la plume du romancier, le beffroi de la mine, animé par la machine à vapeur se transforme en une sorte de dragon, image légendaire du mal. Créée par les ingénieurs pour extraire le charbon et apporter le progrès aux hommes, la machine prend son autonomie et se retourne au bout du compte contre ses créateurs. Bête monstrueuse et abjecte, elle périt en « coulant » symboliquement dans les entrailles de la terre.
Signalons enfin, dans le roman de Hawking, le thème récurrent de
l’autre terre, lieu préservé où l’homme pourrait se réfugier en cas de catastrophe planétaire, mais qui peut représenter aussi un but à atteindre, une terre d’utopie dans laquelle il pourrait enfin trouver le bonheur. Un grand rêve qu’expriment régulièrement tous les arts. En littérature, il est déjà présent dans l’Odyssée d’Homère. Ulysse découvre avec émerveillement le pays des Phéaciens qui symbolise le rêve de l’homme grec. On pourrait aussi évoquer le fameux projet de l’architecte Ron Herron qui a dessiné en 1964 une ville mobile,
ville qui marche, à la fois ville-insecte, ville-robot et vraie ville moderne parfaitement autonome. Mais Ron Herron ne fait que reprendre une utopie déjà imaginée par Jules Verne dans
La Journée d’un journaliste américain en 2009 où il est question d’un inventeur qui, se basant sur de vieilles expériences datant du XIXe siècle, a l’idée « de déplacer une ville entière d’un seul bloc ». Riche d’enseignements, cette quête de l’autre terre hante continuellement les protagonistes du roman de Hawking.